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Pourquoi préférer Linux à Windows, même avec moins de choix

Oui, il y a moins de logiciels. Non, ce n'est pas le bon critère. Souveraineté, autonomie, surveillance, publicité : ce que tu échanges vraiment en changeant de système.

Commençons par la concession, sinon le reste ne vaut rien : oui, il y a moins de choix sur Linux. Pas de Photoshop, pas de Lightroom, pas d'AutoCAD, pas de Microsoft Office natif. Certains jeux compétitifs restent bloqués par leur anti-triche. Un scanner ou un lecteur d'empreintes peut refuser de coopérer. Ce n'est pas un détail qu'on balaie d'un revers de main, et quiconque prétend le contraire te vend quelque chose.

La question n'est donc pas de savoir si on perd des logiciels. C'est de savoir contre quoi on les échange. Et là, le calcul est moins évident qu'il n'y paraît.

Le catalogue n'est pas le seul choix qui compte

Il existe deux sortes de choix. Celui du client — quelles applications puis-je installer ? Windows gagne largement. Et celui de l'utilisateur — quelles décisions puis-je prendre sur ma propre machine ? Là, le rapport s'inverse complètement.

Sur Linux, je choisis mon interface, mon gestionnaire de fenêtres, quand je mets à jour, ce qui démarre avec le système, ce qui est installé et ce qui est retiré. Aucune de ces décisions ne peut m'être imposée par une mise à jour du jeudi matin. C'est un choix moins spectaculaire qu'un catalogue de logiciels, mais il porte sur le reste.

Ton système d'exploitation a une nationalité

On l'oublie facilement : Windows, macOS, iOS et Android sont tous conçus et contrôlés par des entreprises américaines. Un système d'exploitation n'est pas une infrastructure neutre, c'est une décision politique déléguée à un fournisseur étranger.

Ce n'est plus une inquiétude de militant du libre. En avril 2026, la DINUM — la direction du numérique de l'État français — a fixé le cap officiel : sortir de Windows. Ses propres postes basculent sur une distribution maison basée sur NixOS, baptisée Sécurix, avec authentification par clés matérielles FIDO2 selon les recommandations de l'ANSSI. En parallèle, La Suite numérique pousse LibreOffice, Nextcloud et Matrix dans les administrations.

Le déclencheur n'est pas idéologique, il est géopolitique : la multiplication des décisions extraterritoriales touchant les fournisseurs américains a fait comprendre qu'un outil sous licence peut, en théorie, être coupé, restreint ou modifié par une décision prise ailleurs. Une administration qui dépend d'un éditeur étranger ne possède pas vraiment son informatique — elle la loue.

À l'échelle d'un particulier, l'enjeu est plus modeste. Mais le principe reste : un logiciel libre ne peut pas t'être retiré. Personne ne détient l'interrupteur.

L'autonomie, ou la fin de support comme démonstration

Le meilleur argument, Microsoft l'a fourni tout seul.

Windows 10 a cessé d'être supporté le 14 octobre 2025. Des millions de machines parfaitement fonctionnelles se sont retrouvées sans mises à jour de sécurité, non pas parce qu'elles étaient usées, mais parce que Windows 11 exige un matériel plus récent. Sous pression, Microsoft a accordé aux particuliers européens une année de rattrapage gratuite — qui s'achève le 13 octobre 2026, soit dans moins de trois mois. Après, ce sera payant, puis plus rien.

Voilà ce que signifie ne pas contrôler son système : un tiers décide de la date de péremption de ton ordinateur.

C'est exactement le terrain où Linux est imbattable. Une machine de dix ou douze ans reçoit encore des mises à jour de sécurité aujourd'hui, et tournera correctement sous une distribution légère. Ce n'est pas seulement de l'autonomie, c'est de l'écologie très concrète : le pire déchet électronique est celui d'un appareil qui marchait encore.

De la publicité dans un système qu'on a payé

C'est le point qui m'agace le plus, parce qu'il est indéfendable.

Windows 11 affiche des « recommandations » dans le menu Démarrer, du contenu promotionnel sur l'écran de verrouillage via Windows Spotlight, des suggestions dans les paramètres et l'explorateur de fichiers. Le système attribue même un identifiant publicitaire propre à ta machine, que les applications du Store peuvent exploiter — un traceur au niveau de l'OS, pas du navigateur.

On peut désactiver la plupart de ces choses. Il faut simplement fouiller cinq écrans de réglages différents, parfois le registre, et espérer qu'une mise à jour majeure ne réactive pas tout. La charge de la preuve est inversée : c'est à toi de démontrer que tu ne veux pas de pub dans un produit que tu as acheté.

Sur une distribution Linux, cette section n'existe pas. Il n'y a rien à désactiver, parce qu'il n'y a rien à vendre.

La surveillance par défaut

Même logique pour la télémétrie : activée, verbeuse, réglable seulement à la baisse — jamais à zéro.

Et puis il y a Recall, qui capture ton écran toutes les quelques secondes pour te permettre de « retrouver » ce que tu faisais. Microsoft a renforcé le chiffrement après le tollé initial, mais les chercheurs en sécurité maintiennent que le problème de fond reste : une base de données locale contenant l'intégralité de ce qui s'est affiché sur ton écran, mots de passe et documents confidentiels compris. En 2026, la fonction est activée par défaut sur les PC Copilot+.

Le contraste n'est pas que technique, il est structurel. Un système dont le code est public ne peut pas mentir longtemps sur ce qu'il envoie — quelqu'un finit toujours par lire le code. Un système fermé demande de la confiance, et la confiance n'est pas vérifiable.

Soyons honnêtes sur l'échec possible

Pour équilibrer : la ville de Munich a migré vers Linux, puis est revenue à Windows en 2017. C'est le cas d'école qu'on cite toujours, et à raison. Les vraies difficultés sont connues — applications métier développées sur socle Microsoft, annuaires Active Directory, et surtout accompagnement d'utilisateurs qui n'ont pas demandé à changer d'outil.

Personne ne prétend non plus à une souveraineté totale : l'écosystème Linux repose lui aussi sur des contributions internationales. Le libre déplace la dépendance vers quelque chose de vérifiable et remplaçable ; il ne la supprime pas.

Et si ton métier vit dans la suite Adobe ou un logiciel de CAO propriétaire, la réponse honnête est simple : reste sur Windows. Un outil de travail n'est pas un terrain d'expérimentation militante.

Le vrai arbitrage

Choisir Linux, ce n'est pas choisir « moins ». C'est déplacer le curseur : moins de logiciels commerciaux disponibles, davantage de contrôle sur la machine, aucune publicité, aucune télémétrie imposée, aucune date de péremption décrétée par un éditeur, et une dépendance technologique qu'on peut auditer.

Pour beaucoup de gens — navigateur, bureautique, mails, photos, code, et désormais une bonne partie du jeu vidéo — les logiciels manquants ne manquent plus vraiment. Ce qui reste, c'est la différence de rapport de force.

Moins de choix dans le magasin, plus de choix chez soi. Formulé comme ça, l'arbitrage me paraît simple.